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Elle courrait le long du grand couloir, un énorme bulbe dans les bras. Ses longs cheveux blonds se soulevaient au rythme de ses pas, on entendait dans le silence pensant le seul bruit de ses souliers contre le carrelage.
Au bout du couloir : la serre. Les quelques fleurs diurnes qui avaient démarré la saison commençaient, sous les rayons du soleil couchant, à refermer leurs pétales. La jeune fille se maudit d’arriver si tard. Elle savait bien, pourtant, que ce qu’elle portait devait se trouver au creux de la terre au plus tôt : la Renaissance était pour bientôt. Tous les signes l’annonçaient, le jasmin préparait avec attention des bourgeons qui, lorsqu’ils allaient éclore, empliraient la maison de leur parfum enivrant. Les glycines avaient confectionné leurs premières feuilles et grandissaient en vitesse, comme si elles avaient peur d’être en retard. Et les arbres fruitiers, les arbres fruitiers étaient couverts de boutons rouges ou violets, qui abritaient des pétales encore trop timides pour jaillir hors de leur enveloppe. Les oiseaux étaient revenus de leurs voyages, et rencontraient en piaillant leur compagnon.
Eglantine posa le bulbe sur la terre tiède et humide. L’hiver avait été rude, malgré la protection de la serre, et les infirmières avaient été obligée de déplacer certains bulbes, pour ne pas les mettre en danger. On avait confié celui-ci à Eglantine, et elle avait trouvé le moyen de l’oublier. C’était en entendant une discussion entre deux infirmières, à propos de la taille et des couleurs des bulbes de l’année, qu’Eglantine s’était souvenue que le temps passait, et que la saison était proche. L’étourdie était immédiatement allée sortir le bulbe de son pot d’hiver, et s’était hâtée de le mener à la serre. Il avait grossi, durant la saison froide, peut-être doublé de taille : il devait être bien à l’étroit, ça allait le soulager.
Après s’être déchaînée pour lui trouver une place, au milieu de toutes ces allées, Eglantine était maintenant soucieuse de réussir la plantation : tout devait être impeccable. Cela faisait des années que tout le pays attendait la Renaissance, et les bulbes patientaient pour certains depuis bien trop longtemps pour ne pas être impatients. Il y en avait même qui laissaient déjà sortir un bout de leur tige, à l’extérieur de leur capuchon.
Minutieusement, la jeune fille écarta la terre d’un petit espace libre, en faisant attention de ne pas trop déranger les divers insectes qui habitaient ici. Ses longues mèches tombaient devant ses yeux, et elle ne cessait de les repousser avec ses mains couvertes de terre. Finalement, quand elle trouva le nid de naissance suffisamment semblable à ce qu’on lui avait apprit à faire, elle prit doucement le bulbe qu’on lui avait confié. Il était du même vert que la carapace de certains scarabées qu’elle avait pu observer, enfant. La même iridescence, la même beauté étrangement attirante. Avec le sentiment un peu coupable de ne pas avoir assez prit soin d’une chose si précieuse, Eglantine le posa dans son lit, et déposa dessus par petites poignées la terre qu’elle avait sorti en creusant, en laissant uniquement la pointe du bulbe à la surface. Et voilà. Il était planté.

La Renaissance arriva cinq jours plus tard. En quelques heures, le jasmin avait ouvert toutes ses fleurs, et embaumait l’air de son odeur puissante, qui annonçait déjà l’été à venir. Les glycines, trop jeunes pour fleurir, s’étaient parées de feuilles voluptueuses. Les pétales des pommiers, des abricotiers et de tous les autres fruitiers avait été libérées de leurs enceintes et s’étaient révélées à tous dans leur plus belle splendeur. Les oiseaux avaient terminé leurs nids et piaillaient.
Et, au milieu, de tous ces parfums, de toute cette effusion de pétales, une foule de gens s’étaient retrouvée, et tout ce beau monde discutait en attendant l’arrivée des infirmières, lesquelles préparaient les derniers détails, soignant leurs tenues, et parant leurs coiffures de daphnés, et de magnolias. Même Eglantine avait vu ses longs cheveux blonds être parsemés de clématites rouges, et sa robe blanche avait été décorée d’une ceinture fleurie. L’infirmière en chef appela ses sœurs, et elles se rangèrent en procession, avant de débarquer dans la serre sous les applaudissements de la foule. Chaque infirmière se pressa devant les bulbes dont elle avait la surveillance. Eglantine, toute excitée par l’évènement, se mit bien droite devant celui qu’elle avait planté quelques jours auparavant. Les infirmières clamaient des noms, et les concernés se pressaient devant elles. Alors, les jeunes femmes, par l’ouverture soulignée d’une petite branche, glissaient leurs mains à l’intérieur pour faire jaillir de jolis bébés, dont la tige, toujours fixée au sommet du crâne, était coupée d’un habille coup de ciseau. Alors, le nouveau-né était déposé dans un panier et confié à ses parents, qui partaient après avoir annoncé le nom de l’enfant à l’infirmière qui s’en occupait. Euphorique, la foule finit par s’estomper, et les retardataires partirent avec leur marmot avant le coucher de soleil. Pourtant, le bulbe d’Eglantine était resté là, planté, sans que personne ne vienne le demander. Elle avait clamé le nom de sa mère, pourtant. Alors, la jeune fille s’accroupi devant son protégé.
-Personne n’est venu, hein ?
C’était l’infirmière en chef, qui était venue auprès d’Eglantine. Cette dernière secoua la tête.
-Fais naître cet enfant, et si personne n’arrive, il rejoindra les infirmières ou les jardiniers.
Eglantine se mit à la tâche, l’enfant était en train de sortir quand une voix surprit les deux femmes.
-Excusez-moi, sommes-nous bien le jour de floraison ?
C’était une femme bien habillée, elle portait un chapeau richement décoré, et un maquillage délicat. Les infirmières acquiescèrent.
-Je, ah, que je suis étourdie !
-Vous êtes bien madame de Montagny ? demanda l’infirmière en chef.
-Oui, balbutia la femme.
Timide, Eglantine tendit l’enfant à sa mère.
-C-c’est une fille.
Attendrie, la femme prit l’enfant dans ses bras, et glissa son pouce contre les minuscules paumes du bébé.
-Quel sera son nom ?
-Quel est le tien ? répondit la femme.
-E… Eglantine.
Et la femme sourit.

Ce n’était pas une fête que Torsten appréciait particulièrement. Depuis qu’il vivait chez les vampires berlinois (à peine vingt ans, mais on prend des habitudes plus vite que ça), il avait toujours préféré Halloween ou Noël à Pâques. Il avait grandi dans une famille de protestants non pratiquants, qui voyaient les nombreuses fêtes chrétiennes parsemant le calendrier comme du folklore à respecter de loin, et non des célébrations ayant un sens réel. Faire peur, s’offrir des cadeaux, manger du chocolat… Ce n’était que la surface. Torsten ne s’était jamais posé la question du pourquoi du comment avant de rencontrer des êtres ayant traversé les siècles. Les millénaires même, en ce qui concernait Johannes, l’Empereur d’Europe. Son créateur. C’était lui qui lui avait expliqué l’origine de certaines fêtes, origines qui avaient tendance à perdre de leur sens pour en acquérir de nouveaux avec le temps. Il avait dit cela sans une once de tristesse dans la voix. Il avait été factuel. Il lui avait expliqué qu’il ne croyait pas qu’on puisse perdre du sens sans en gagner en échange, que la sémantique avait en commun avec la chimie que tout se transformait. Torsten avait acquiescé, pensif.

L’arrivée du printemps, quand on est un vampire, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Les jours s’allongeaient déjà depuis la Sainte Lucie (ou Yule, ou le solstice d’hiver : appelez Noël comme vous voulez) mais on atteindrait bientôt l’équinoxe, point de non-retour avant le difficile solstice d’été. Les jours qui s’allongent, c’est moins de temps disponible pour vaquer à ses petites affaires en surface, et pour les irréductibles qui aimaient le sang sauvage, pour chasser. La majorité des vampires européens étaient civilisés et puisaient dans les « ressources humaines » qu’ils employaient pour gérer ce qui ne pouvait se faire uniquement de nuit. Torsten s’était cru destiné à ce sort de simple serviteur humain, ne croyant pas un seul instant que sa demande de création serait acceptée si vite. Il n’y avait que dans la jungle des États-Unis qu’on pouvait encore vampiriser à tour de bras : sur le vieux continent, des règles avaient été édictées pour éviter la surpopulation vampirique, l’épuisement des ressources, et surtout avec les nouvelles technologies humaines, la révélation de leur existence. Il est plus facile de se cacher quand on est peu nombreux. Torsten songea que l’humanité continuait de faire la lumière dans les zones d’ombres du monde, poussant les vampires dans leurs retranchements comme le faisait le soleil qui s’attardait de plus en plus. Qui sait, peut-être que le point de non-retour avait été atteint, et que toute cette période n’était qu’un printemps qui leur était défavorable ? Il faudrait s’armer de courage et doubler de ruse : Torsten avait une idée pour faire passer son message auprès de l’Empereur.

La Pâques vampirique était un moment solennel et familial, où on resserrait les liens du clan en s’offrant mutuellement des mouchoirs brodés. Torsten trouvait ça délicieusement suranné, typique d’un clan qui avait beau clamer qu’il évoluait avec son temps, se retrouvait toujours un poil en arrière. En bon gamin des années 90, le jeune vampire qu’était Torsten avait pris le pari de remettre le clan impérial à jour, et avait choisi pour cette année 2019 d’offrir des pochettes et étuis de smartphone personnalisés. Avec les appareils qui allaient avec, bien sûr. La plupart des vampires en avaient déjà, mais voyaient difficilement l’intérêt d’en changer toutes les quelques années. Torsten s’était débrouillé pour avoir le dernier cri, à force de persuasion, et en allant jouer de ses charmes avec quelques cibles riches. Il n’était pas idiot : si sa demande avait si rapidement acceptée, c’était parce qu’il était à la fois séduisant et rusé, alors autant assumer et faire usage de ses talents naturels. On ne donnait pas une immortalité aussi risquée au premier venu : il comptait bien montrer qu’il
était digne de ce présent.

Il ne bouda pas quand on lui offrit quelques uns de ces mouchoirs de soie, brodés à son nom. Le geste le touchait toujours autant et il acceptait la tradition, même s’il préférait offrir la modernité. Autour du grand salon de la crypte de Ste Marienkirche, l’endroit où le clan avait élu domicile depuis déjà quelques siècles, on discutait vivement de l’audace de Torsten, qui faisait semblant de ne pas entendre leurs remarques, parfois désobligeantes. Il savait que Johannes aurait l’intelligence de réaliser le potentiel des cadeaux de Torsten : Internet, les réseaux sociaux, le monde était là, à portée d’eux et ce sans avoir à sortir et s’exposer au soleil. Et si le mensonge s’avérait nécessaire (Torsten n’en était pas convaincu), un VPN suffisait et ils pourraient faire croire à un décalage horaire pour se justifier d’être nocturnes.

Allant voir Johannes vers la fin de la nuit, Torsten lui demanda ce qu’il pensait de son nouveau smartphone. Un sourire poli étira les lèvres de l’adolescent doublement millénaire, qui hocha la tête en assurant que ce cadeau « original » était apprécié. Le regard de Torsten se posa sur la pile d’objets qu’on avait offert à l’Empereur, et qu’il était de bon ton d’exposer aux invités. Reléguée derrière les plus beaux mouchoirs, les cadres et autres messages hypocrites, la boîte qui servait malgré elle de présentoir n’avait même pas été ouverte.

            Le soleil était encore bas ce matin-là quand je sortis. L’air était vif, des lambeaux de brume s’accrochaient encore à la cime des arbres. Cela faisait plusieurs jours que le temps était au beau fixe, et cette journée s’annonçait tout aussi éclatante que les précédentes. Depuis quelques jours, je nourrissais l’ambition d’attraper les premiers papillons de la saison. J’avais reprisé mon filet durant les longues soirées d’hiver, il était comme neuf. Une légère brume montait des champs que je traversais. Une douce odeur montait à mes narines, l’odeur indéfinissable du printemps. Une odeur fraîche, légère, fleurie, odeur de terre et de bois, tout cela mélangé. Une odeur de vie, tout simplement. Je me sentais léger, comme si l’arrivée du printemps m’avait soulagé du poids d’un hiver interminable.

            Après avoir traversé un bois de charmes, d’ormes et de cerisiers en fleurs, j’arrivai dans une prairie parsemée de fleurs. J’avais déjà attrapé beaucoup de papillons dans ma vie, mais certains manquaient encore à mon palmarès. Le demi-argus, un papillon bleu faisait partie de ceux-là. Je me mis à l’affût, accroupi en bordure de l’étendue herbeuse, attendant mon heure. Soudain, je m’ébrouai, pour sortir d’une léthargie qui s’était installée. J’avais du m’assoupir, car le soleil semblait avoir fait un bond dans le ciel. Écrasant un bâillement, je m’assis pour étirer mes jambes engourdies. Tournant la tête pour assouplir ma nuque, je captai un reflet bleu du coin de l’oeil.

            Les sens désormais en alerte, je me tournai précautionneusement dans la direction de ce reflet entraperçu. Je ramassai mon filet tout en scrutant les alentours. Le voilà ! D’un bleu irréel, il voletait à quelques pas devant moi. Il ressemblait à un grand bleu, ce qui était étonnant car ce papillon, très rare, ne se trouve qu’en Grande-Bretagne, et dans certaines régions du Caucase. J’eus un instant d’hésitation. Ce papillon était quand même protégé, si c’était un grand bleu. Mon instinct de chasseur repris le dessus. D’un geste vif, je lançai mon filet sur le papillon, qui fut pris au piège. Victoire ! Cependant, ma joie fut de courte durée. Mon filet se désagrégea dans ma main. Le manche me brûla, et je le lâchai en poussant un cri de douleur. Avant d’atteindre le sol, il avait disparu. Éberlué, je restai coi, bouche bée, la main endolorie. Le papillon vint à hauteur de mes yeux. Il me regardait d’un air furieux, et se mit à m’invectiver violemment. A y regarder de plus près, ce n’était pas un papillon. C’était un être humanoïde, de toute petite taille, qui avait des ailes ressemblant à s’y méprendre à des ailes de papillon. Un moment, je pensai à l’écraser avec mes mains, mais le souvenir du funeste destin de mon filet me fit renoncer rapidement à cette idée. Je me concentrai sur ce que disait petit être, et me rendis compte que je pouvais en saisir des bribes. C’était dans un français un peu suranné, mais qui m’était tout de même compréhensible. En substance, je me faisais traiter de meurtrier, d’insensible. Le « papillon » recula, et me fonça dessus. Avant de comprendre ce qui m’arrivait, je me retrouvai par terre. Le choc fut si violent que je perdis connaissance.

            Quand je me réveillai, j’étais au même endroit. Le soleil était sur le point de se coucher, l’air était frais. Je frissonnai en m’étirant. Avais-je rêvé ? M’étais-je juste endormi ? Je me remis debout, cherchant mon filet. Pas moyen de mettre la main dessus. Je rentrai chez moi, pensif, et un peu sonné. J’avais tout de même une bosse au front, à l’endroit de l’impact, et ma main, même si elle semblait n’avoir subi aucun dommage, était quand même douloureuse, comme si je m’étais brûlé.

            Après une bonne nuit de sommeil, je me demandais si je n’avais pas pris simplement un coup de soleil. Sans cet énorme bleu que j’avais au front, j’aurais pu en douter. Je décidai de retourner dans la prairie de la veille pour en savoir plus, et retrouver mon filet, savait-on jamais. Quand j’arrivai, le printemps brillait de mille éclats, une fois de plus. Les oiseaux étaient en forme, produisant une véritable symphonie. L’endroit où j’étais la veille était facilement repérable, avec des herbes encore tout écrasées. J’avais beau regarder partout, aucun filet à l’horizon. Mais je revis ce fameux éclat bleu du coin de l’oeil, parmi les fleurs, et je m’en approchai. A tout hasard, je lançai « te revoilà, toi ! » Le petit être vint à nouveau devant mon regard. Les yeux ronds, je restai ébahi : c’était une fée ! Il y avait dans son regarde une lueur de défi, qui me dissuadait de jamais réessayer de la capturer. J’osai un « B…bonjour ? » Me jaugeant encore un peu, elle tournoya, et finalement éclata d’un rire cristallin. Puis, elle disparut. Je passai une bonne heure à la chercher dans la prairie avant d’admettre qu’elle avait bel et bien disparu. Je me sentais un peu bête à crier « eh ! Ou-ouh ! » tout seul dans un champ, je rentrai donc chez moi, une fois de plus bredouille, n’étant pas sûr de rechasser un jour le papillon.

            Je ne la revis jamais, bien que je sois souvent retourné en ce lieu, dans l’espoir de faire plus ample connaissance avec ce petit être bien étrange. Je gardai cette rencontre dans un coin de ma tête sans jamais oser en parler à personne. Je fis quelques recherches dans les bibliothèques, puis en ligne, pour savoir si d’autres avaient eu une expérience semblable, sans jamais trouver rien de bien sérieux. Je décidai d’enterrer l’affaire, et ma vie repris son cours. Cependant, j’avais pris une résolution : ne plus jamais chasser de papillons. Je me mis donc à collectionner les timbres.

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Équinoxe
La chasse aux papillons

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